Quand un économiste classique s'intéresse aux territoires

Publié le par Pierre W. Johnson

En ouverture des journées d'étude et de mobilisation sur l'économie sociale et solidaire des 21 et 22 juin 2007 à Nantes, la conférence de Laurent Davezies, un économiste classique, sur « Conditions de vie des habitants et développement équilibré du territoire », a démontré que des conclusions nouvelles pouvaient être tirées de l’analyse du développement des territoires avec les outils traditionnels de l’économie.

Une simple analyse économique montre en effet, selon L. Davezies, que « les  territoires de croissance ne sont plus les territoires de développement ».  En effet, les territoires les plus productifs et les mieux insérés dans la mondialisation ne sont pas ceux qui résolvent le mieux les problèmes sociaux, comme l’accès à l’emploi, au contraire. 

L’Île de France par exemple est une des régions les productives du pays (29% du PIB), mais aussi une de celle qui a le plus de problèmes sociaux.  A contrario, les territoires résidentiels, comme la Côte d’Azur, connaissent beaucoup moins de problèmes sociaux, en attirant des personnes aisées du monde entier, sans pour autant être productifs.  Mais les stratégies résidentielles sont à court terme, car elles reposent sur la dilapidation du capital foncier de la région.

Les territoires qui tirent le mieux leur épingle du jeu, du point de vue d’un développement économique et social et équilibré, sont des territoires « moyens » (mais non pas médiocres, s’est empressé d’ajouter le conférencier), comme Nantes, ou même Saint-Nazaire, ancienne ville industrielle que les « experts internationaux » avaient condamnée il y a une quinzaine d’années.  Ce sont des villes où 20% de la population travaille sur place (beaucoup de cadres établis sur Nantes travaillent cependant sur Paris), dont les revenus sont dans la moyenne nationale, et dont l’économie ne s’est pas spécialisée uniquement dans un secteur : production, technologie, tourisme, mais est au contraire diversifiée.  Cela en fait des territoires attractifs.

L’économiste a noté qu’il faut distinguer dans l’économie des territoires, un secteur industrialisé mondialisé, à haute technologie et compétitif sur les marchés internationaux, d’un secteur domestique, qui s’installe là où sont les consommateurs.  Le premier est facilement délocalisable, mondialisé, et emploie une main d’œuvre réduite et hautement formée, le deuxième n’est pas délocalisable, et est créateur de beaucoup d’emplois, pas nécessairement très qualifiés.  Il s’agit de services comme : la boulangerie, l’épicerie, la construction, etc.  Cela lui permet de souligner que les ouvriers sont aujourd’hui davantage dans les services (comme chauffeurs, livreurs, plombiers, etc.) que dans des grandes unités.

En conclusion, l’équilibre que savent maintenir certains territoires entre ces types de secteurs et d’activités est une vertu.  La discussion a porté sur les dispositifs territoriaux qui peuvent aider à l’atteindre ou le maintenir.

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Pierre Johnson 05/07/2007 19:44

Merci Gaël.Un petit lien aux rapports du GREMI ?Je ne connais pas cette institution...

Gael 05/07/2007 19:33

Lire à ce sujet les travaux du GREMI. Je pense effectivement que les territoires qui connaissent le meilleur développement ne sont pas ceux qui connaissent la plus grande croissance! La croissance ne veut rien dire s'il est n'est associée à l'épanouissement humain... En ce qui concerne les délocalisations, rien de tel qu'un vieux slogan régionaliste: vivre et travailler au pays! En relocalisant l'économie (ce qui ne veut pas dire l'autarcie, ni l'absence d'échange), nous sauvegardons nos emplois, nos cultures (moteur de l'innovation) et la santé de la planète! Revenons à une économie de la réparation plutôt que de la consommation et hop, ça ira mieux!Au plaisir...Gael.