Concerts Live Earth : Quel(s) impact(s) ?

Publié le par Pierre W. Johnson

L'"ex-futur président des Etats-Unis", comme il aime se décrire, Al Gore en personne, s'est encore une nouvelle fois détaché comme l'éveilleur incontesté des consciences planétaires, face au réchauffement climatique.  Après son documentaire "The unconvenient truth" (la vérité qui dérange), où il démontre pédagogiquement la réalité du réchauffement climatique, et l'impact incommensurable qu'il va avoir sur notre humanité et ses modes de vie, Al Gore a organisé le 7 juillet (7/7/07) une série de concerts, sous le titre Live Earth.

Plus forts que les grands concerts pour l'Afrique (voir aussi le CD "Drop the Debt", etc.), mais tout à fait dans leur lignée, Live Earth, c'était presque une dizaine de concerts le même jour, sur les cinq continents (sept contienents, en comptant à l'Américaine) à New York, Rio de Janeiro, Londres, Johannesburg, Shanghai, Tokyo, Sydney et Hambourg.  Médiatisé, l'événement l'aura été comme rarement.  Dix millions de personnes auraient vu un des concerts au moins sur MSN.  Est-ce que pour autant, ces concerts marquent le début d'une réelle prise de conscience, et de mutation des comportements ? Rien n'est moins sûr, si on analyse le contenant du message, autant que son contenu déclaré.

"The Medium is the Message" ("le média, c'est le message") disait dans les années 1960 déjà Mac Luhan, inventaire de l'expression "village planétaire".  Or le média, ici, c'était les grandes stars de la chanson,  l'appui des multinationales de la communication par Internet (MSN, c'est Microsoft).  Le message sur le site de l'événement indique certes que :

"Live Earth est le début d'une campagne  multi-annuelle, lancée par l'Alliance pour la protection du climat,  le Groupe sur le Climat, et d'autres organisations internationales, pour amener les individus, les multinationales et les gouvernements à agir pour résoudre le réchauffement global".

Le fondateur de l'événement, Kevin Wall, n'est certes pas suspect d'intentions cachées. Producteur de Live 8, un événement similaire pour attirer les populations vers la nécessité de combattre la pauvreté, il a fait alliance avec Al Gore et l'Alliance pour la protection du climat pour assurer la pérennité de Live Earth.

Mais peut-on combattre des problèmes nouveaux avec de moyens datés, et qui n'ont pas prouvé leur efficacité ?  Or Live Earth, ce fut aussi des dizaines de stars voyageant pour beaucoup d'entre eux dans leur jets privés pour assurer le concert, sans doute des millions de Kilowatts/heure dépensés, pour ce qui a d'abord été un spectacle, avant d'être un fait de conscience à la hauteur de l'enjeu. Une grande partie de la publicité a aussi été détournée vers MSN et d'autres sponsors (Smart, Sony), dont on a peine à croire qu'ils sont d'aussi grands défenseurs de l'écologie que de leur propres profits.  L'impact écologique de Live Earth mériterait ainsi d'être calculé.  Il est sûrement loin d'être négligeable, et il faudra qu'on démontre qu'il a contribué à une réelle prise de conscience pour qu'on puisse dire qu'il a été réellement positif

Albert Einstein disait qu'on ne peut résoudre un problème en restant dans le cadre mental qui l'a généré. Il est difficile de croire que le type d'événement qu'est Live Earth puisse réellement contribuer à changer les mentalités "des individus, des multinationales et des gouvernements", comme le veut la campagne dont il a été l'événement de lancement.  Mais l'avenir nous réserve bien des paradoxes, et nous aidera à le mettre en perspective.

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