Le commerce international au service du développement ?

Publié le par Pierre W. Johnson

En novembre dernier, le journal Libération avait publié une rubrique "30 idées pour réveiller la gauche". Parmi ces idées, une réflexion pertinente sur le commerce international et le commerce équitable. Une fois n'est pas coutume, nous en citons ici de larges extraits. Nous reviendrons sur le sujet, notamment à propos du rapport du PNUD.

Fixer un prix garanti aux producteurs
 
"Aussi longtemps que les lions n'auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur."

En exergue du dernier rapport du Programme des Nations unies pour le développement, ce proverbe africain résume bien les promesses non tenues du commerce international. Les pays développés prônent les vertus des marchés ouverts, mais conservent d'immenses filets de barrière protectionniste. Les barrières tarifaires moyennes des pays en développement sont passées de 25 % à 11 % en moins de vingt ans quand, dans le même temps, les libéralisations ont été unilatérales. Aujourd'hui, l'idée s'impose que l'ouverture des marchés ne favorise pas forcément la croissance et, surtout, n'entraîne pas arithmétiquement le développement humain.
Commercer, d'accord, mais comment ? Se développer, évidemment, mais comment ? «Les idées de gauche sur le commerce reviennent à savoir si l'on veut faire du libre-échange, du marché, un instrument au service d'une transformation sociale», résume Gustave Massiah, vice-président d'Attac.
Pour l'heure, la moitié de la population mondiale, des paysans, représente les deux tiers des personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour. Au banc des accusés : les accords agricoles de l'OMC, l'Organisation mondiale du commerce.

Souveraineté alimentaire. De plus en plus organisés, les paysans du Sud réclament de nouveaux droits que bailleurs de fonds et gouvernements ont fait sauter pour mieux libéraliser. Des droits articulés autour d'une idée de gauche qui fait son chemin : le droit à la souveraineté alimentaire. Le droit de protéger ses marchés contre les politiques de dumping. Le droit de se protéger, via des clauses de sauvegarde, des importations massives d'autres produits, comme le poulet par exemple, qui vient ruiner des filières. Le droit, plus généralement, de reconnaître aussi la valeur «non marchande» de la paysannerie : «On a oublié les fonctions écologiques, de liens social et culturel, d'aménagement du territoire des paysans...», dit justement Patrick Viveret, conseiller à la Cour des comptes. Surtout, oser s'attaquer à la crise du prix des matières premières, en chute libre de 70 % depuis vingt ans ! En commençant par réhabiliter les caisses nationales de péréquation.

Ou en acceptant de donner un prix garanti aux producteurs, comme le propose le commerce équitable, petit hublot d'un monde pour un commerce plus juste.  Cette idée certes pas vraiment neuve – dès 1834, à Lyon, on parlait d'un commerce «véridique et social» – mais plus structurée. Car le commerce éthique n'est pas un label flanqué sur un joli package, une niche humanitaire. Si certains de ses promoteurs se bornent à garantir un prix d'achat au seul producteur, d'autres associations veulent contrôler le traditionnel chapelet d'intermédiaires (exportateur, transporteur, négociant, distributeur).

«Néocolonial». «Les nouvelles idées, c'est aussi changer le côté paternaliste, limite néocolonial du Nord, du commerce équitable qui se contente d'acheter le produit brut, comme le café en grains, estime Michel Besson, directeur de Minga. Il faut modifier la culture de rente.» Minga reverse ainsi 33 % du prix du paquet à une coopérative qui le torréfie et l'emballe en Colombie, soit trois fois plus que les filières équitables traditionnelles.  Cache-sexe sur certains produits pour mieux pressurer les marges des autres producteurs ou conscientisation des masses consuméristes ? Poser la question, c'est aussi se pencher sur d'autres formes de commerce non marchand en plein développement.

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