Quand le MEDEF se (pré)occupe du développement durable

Publié le par Pierre W. Johnson

Pour le MEDEF, le développement durable doit devenir un atout concurrentiel pour les entreprises.
La préoccupation du syndicat du patronat français est affirmée avec d'autant plus de forces, qu'elle n'était pas très audible précédemment.  Jusqu'à présent, le développement durable était pour les grandes entreprises plutôt un effet de communication qu'une préoccupation véritable.


Nous apprenons que Laurence Parisot, présidente du MEDEF, a déclaré aujourd'hui :
« la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité et de l’environnement, ne doivent pas être vus comme des contraintes mais comme des opportunités. De nouveaux marchés vont s’ouvrir, de nouveaux produits et services devront être inventés, de nouveaux modes d’échanges devront être créés. C’est une chance pour notre économie, il faut que les entreprises françaises la saisissent ! »

Mais quelle conception le MEDEF a-t-il du développement durable ? On peut le percevoir à l'engagement qu'à pris celui-ci de publier
un rapport annuel mettant en évidence les progrès réalisés par les entreprises dans cinq domaines stratégiques :
  • la lutte contre le changement climatique
  • la préservation des ressources naturelles
  • la protection de la biodiversité
  • la réduction des impacts sur les milieux
  • le renforcement des actions en faveur de l’environnement et de la santé
On voit bien qu'il s'agit là d'une conception presque exclusivement environnementale du développement durable.  Or le développement durable ne se réduit pas à cette dimension, il vise au contraire à intégrer les aspects économiques, sociaux et culturels dans la stratégie des entreprises, l'action des pouvoirs publics et des citoyens.  Et cela parce que les défis actuels remettent en question non seulement l'impact de l'activité économique, mais aussi les modes de management, la répartition du pouvoir et des richesses, etc.

La tentation du MEDEF serait-elle de résoudre les problèmes environnementaux sans remettre en question les modes de gestion et de management qui ont empêché l'intégration des activités économiques aux préoccupations des citoyens ?  On sait qu'une gouvernance autoritaire au service de l'écologie est toujours possible, mais il ne s'agit alors plus de développement durable.

La mutation des activités économiques au bénéfice du développement durable est possible. Mais elle demande d'abandonner une navigation des entreprises au seul bénéfice des actionnaires.  Le développement durable demande la prise en compte des parties prenantes (clients, fournisseurs, mais aussi citoyens voisins de l'activité, salariés, etc.) à la définition des objectifs et des résultats de l'entreprise.  Or les autres terrains d'action du MEDEF (réforme du droit du travail, etc.) augurent mal d'une ouverture du monde de l'entreprise au-delà des intérêts d'une petite élite technico-financière.  Il faudrait suggérer au MEDEF de relire les classiques du développement durable, et d'essayer de comprendre le sens de cette démarche, plutôt que de se poser en épigone d'une notion mal assimilée.


 

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