Partir autrement : équitable, solidaire, responsable ?

Publié le par Pierre W. Johnson

Invité samedi 6 avril par le Festival Partir Autrement, organisé par l'association Aventure du Bout du Monde, à présenter mon expérience avec les coopératives de producteurs du commerce équitable au Mexique, j'ai participé à cette évènement convivial qui se tenait cette fin de semaine à l'espace Reuilly.  Voici un petit compte-rendu subjectif des moments qui m'ont particulièrement marqué.

Rendez-vous à Thulé, un documentaire sur une aventure humaine au Groénland, entre deux marcheurs et l'équipe d'un voilier. Les deux marcheurs devaient traverser ce sous-continent, véritable désert blanc, d'Est en Ouest sur plusieurs milliers de kilomètres.  Ils seront déviés au point de 3 à 4 semaines par le relief et rejoindront le voilier plus tôt que prévu, au millier de la côte Ouest du Groénland.  Aventure profondément humaine. Dominique Simonneau, après le film, me détaille la géographie humaine du Groénland, avec 3 ou 4 villes principales de quelques milliers d'habitants. Ces derniers ont su prendre de la civilisation moderne ce qui leur était utile, comme Internet ou les téléphones portables, et limiter ses nuisances, "sauf pour l'alcool". Mais les motos-neige ont une circulation limitée, par exemple.  Cette femme remarquable prépare un mémoire à l'Institut des Langues Orientales sur l'impact de l'écotourisme sur les populations et l'environnement local dans l'Est du Groénland.  Cet écotourisme est constitué aujourd'hui principalement  de kayakeurs inoffensifs, certes. Mais qu'apporte leur présence aux populations locales ?

Ce témoignage aurait du tempérer l'intervention de Thierry Sallantain au débat intitulé "Tourisme et développement, de plus en plus de voyageurs !".  Son intervention n'est certes pas passé inaperçue.  De retour de Guyane française, où cet ethnologue a risqué semble-t-il sa vie, et subi une semaine ou deux de prison pour protéger les populations amérindiennes et la forêt tropicale Sallaintain affirme "carrément" : 'le développement, c'est la généralisation du mode de vie occidental, lequel est "au bout du rouleau". Proche des accents de Yves Paccalet, l'auteur de 'L'humanité va disparaître, bon débarras", mais sans doute motivé par des sentiments plus altruistes, puisqu'il dit avoir connu parmi les amérindiens "le paradis sur terre".  Pour lui, le touriste occidental emporte son mal-être à l'autre bout du monde, dans l'espoir d'y trouver un soulagement illusoire.  Ce faisant il génère une attirance toute aussi illusoire parmi la population locale pour le mode de vie occidental, encourageant les désirs d'émigration. La solution ? Elle est simple pour Thierry Sallantain : susciter des "voyages touristiques" pour amener des personnes du Sud voir "les bas-fonds" de l'Occident, et être dégoûtés à jamais de ce contre-modèle.  Un peu simpliste et excessif, sans doute, mais stimulant pour la réflexion et le débat...

Parmi les nombreux documentaires vus, je mentionnerais "L'île Rouge pas à pas", chronique de deux jeunes marcheuses qui ont parcouru 1500 kilomètres à pied à Madagascar, à la rencontre de la population locale et d'une vingtaine d'"initiatives positives", correspondant aux critères de l'agence Reporters d'Espoir, et qui démontrent que l'espoir existe aussi sur cette île du bout du monde, qui a paru être la proie du sous-développement et des difficultés politiques.  Le plus émouvant est de voir la facilité du contact avec les populations locales, des déserts à la forêt tropical, des artisans ou des riziculteurs à cette ethnie d'éleveurs réputée bandits. C'est certes filmé et monté avec un peu d'amateurisme, mais la chronique est racontée avec sensibilité, et le tout est digne d'intérêt. Le site Positive Mada fournit toutes les informations sur cette petite aventure, et sur les 23 initiatives positives rencontrées à Madagascar.

Quant à mon intervention, et à celle de mes collègues du commerce équitable, demandez à d'autres visiteurs de vous raconter !

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