Débat Pascal Lamy - José Bové

Publié le par Pierre W. Johnson

Ce jeudi 23 février a eu lieu, à l'initiative du mouvement Utopia,un mouvement proche du Parti Socialiste Français, une table-ronde au cours de laquelle José Bové, de la Confédération Paysanne et Michel Rainelli, professeur d'économie, devaient répondre à Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation Mondiale du Commerce.

Après avoir expliqué les principes généraux sur lesquels était fondé l'organisation qu'il dirige, tout en affirmant que celle-ci était pour la guache un instrument de régulation potentiel, et que le libéralisme économique ne s'opposait pas aux valeurs de la gauche, le directeur général de l'OMC a affirmé que celle-ci évoluait plutôt dans un sens positif et plus équilibré pour les pays en développement.

Michel Rainelli a rappelé les problèmes de capacité et d'expertise des pays les plus pauvres, a regretté que les réformes du système de réglement des différends et des contre-mesures soient au point mort, défendu l'idée de transferts de revenus aux niveaux national et international pour compenser les "perdants" de l'ouverture des marchés. Il a conclu en démontrant la nocivité des accords sur les droits de propriété intellectuelle liés au commerce international, qui renforcent la protection donnée aux brevets, et un modèle états-unien de considérer ceux-ci.

José Bové a fait preuve d'une analyse plus sytémique et plus "politique", au bon sens du terme. Il a rappelé qu'un certain nombre de réalités faussait les règles du marché, comme la fluctuation des taux de change, le rôle de multinationales dans les positions des pays. L'évocation des résultats des panels sur le boeuf aux hormones, sur les OGM notamment a rappelé les questions posées par ces panels, dans leur relation à d'autres principes et traités internationaux. L'agriculture mettant sur le marché international seulement 10% de sa production, pourquoi forcer les pays à libéraliser systématiquement au moins 5% de tout produit, sinon pour satisfaire les intérêts des lobbys agro-industriels ?

La discussion à laquelle l'assistance a pris partie a largement repris le concept de "souveraineté alimentaire", défendu par les organisations paysannes regroupées dans la Via Campesina. Pascal Lamy a avoué n'avoir toujours pas compris ce concept, que José Bové défini comme le droit de produire sa propre alimentation dans des espaces géographiques donnés (pas seulement nationaux). Il a ajouté que l'effacement du rôle des États de garants des intérêts généraux de leurs populations pendant les négociations commerciales laissait la place au jeu des entreprises multinationales qui, souvent, font leur politique commerciale.

Au delà de l'accord général sur l'importance d'un cadre de négociation commerciale multilatéral, on a bien eu affaire à des visions opposées sur la place des marchés et de l'agriculture dans les régulations internationales. Les plus utopistes et les plus "réalistes" n'étant pas ceux que l'on croit.

Commenter cet article