Agrocarburants : l'ADEME annonce une méthode de mesure

Publié le par Pierre W. Johnson

Les biocarburants (ou "agrocarburants", pour ceux qui veulent éviter toute connotation écologique) sont produits à partir de cultures végétales très diverses. De plus en plus de constructeurs proposent des moteurs de véhicules adaptés à ces nouveaux carburants d'origine végétale, le plus souvent en association à des proportions diverses avec les combustibles classiques, d'origine pétrolière, essence ou diesel.  S'il est relativement facile de mesurer les quantités moindres de gaz émis par les agrocarburants, il est plus difficile de faire le bilan des émissions évitées par rapport aux hydrocarbures, en faisant toute l'analyse du cycle de production de tels carburants. En effet, il faut compter dans ce bilan les émissions produites par les machines agricoles et par les intrants nécessaires à la production et à la transformation de ces produits. La même question se pose pour le bilan énergétique, qui mesure l'efficacité relative des différentes énergies pouvant être utilisées pour la locomation. Enfin, les agrocarburants sont également accusés d'entrer en concurrence avec la production alimentaire, au moment où les cours des céréales augmentent fortement, mettant en difficulté les populations pauvres.

La communauté européenne s'est engagée sur un objectif de 5,75% d'agro-carburants en 2010, sans connaître le ou plutôt les bilans énergétiques et de gaz à effet de serre (GES) des agro-carburants. Il se pose ici en effet deux séries de questions : l'une a trait à la diversité de l'origine et des méthodes de production des agrocarburants, la seconde sur les méthodes de mesure. Quant à la première, les agro-carburants peuvent être issus de cultures de canne à sucre, productrice d'ethanol, d'oléagineux, comme l'huile de palme en Asie du Sud-Est insulaire, de fermentation organique (méthanol). Des recherches se poursuivent pour la production d'agrocarburants de deuxième génération, à partir de résidus de bois, de micro-algues ou de plantes comme le jatophra. Les rendements et les émissions de ces méthodes de production sont très variées. Pour rendre les mesures plus complexes, les bilans énergétiques des agrocarburants ne bénéficie pas d'une méthode univoque et universellement acceptée. Il s'agit en effet d'un domaine de recherche nouveau.

Pourtant, le Grenelle de l'Environnement en France avait exigé une "expertise exhaustive et contradictoire du bilan écologique et énergétique des biocarburants de première génération".  L'Agence pour le Développement et la Maîtrise de l'Energie (ADEME) a coordonné une recherche pour avancer vers cet objectif, en coordination avec l'Institut français du pétrole, le ministère de l’Ecologie, de l'Energie, de l’Aménagement du territoire et du Développement durable, le ministère de l'Agriculture et de la Pêche et l'Office national interprofessionnel des grandes cultures. Elle affirme, dans un communiqué de presse du 17 juin, être parvenu à "définir la nouvelle méthodologie à appliquer pour la réalisation de bilans énergie, gaz à effet de serre et polluants atmosphériques locaux des biocarburants de 1ère génération. Cette étude a en particulier analysé la sensibilité de la méthodologie aux 4 principaux facteurs déterminant les bilans, dont l’éventuel changement d'affectation des sols."  L'ADEME annonce qu'elle lance également avec les mêmes partenaires, "les études nécessaires pour connaître les bilans des différentes filières de biocarburants consommés en France". Les résultats sont annoncés pour la fin de l'année 2008.

Ces études permettront-elles, commme l'affirme l'ADEME, de "garantir le caractère durable des biocarburants, en lien avec les travaux en cours au niveau européen". Elles sont sans doute un pas décisif dans la bonne direction, car avant d'exalter les biocarburants ou de rejeter les agrocarburants, il est nécessaire d'en mesurer les impacts à différents niveaux. Les 4 facteurs mentionnés dans les études sont :

  • Le changement d'affectation des sols, avec la recommandation d'un suivi international
  • La répartition des consommations et des émissions de GES entre agrocarburants produits et coproduits
  • Les quantités de N2O émis à la suite de l'épandage d'engrais azotés
  • Les émissions de GES et des consommations d'énergie pendant la phase de construction des infrastructures et équipements

Si l'étude pour l'élaboration d'un référentiel méthodologique pour les biocarburants nous parait sérieuse (nous sommes néophytes en la matière), on peut se demander si le périmètre des études à mener dans ce cadre ne doit pas être étendu aux agrocarburants utilisés dans d'autres régions que l'Europe. En effet, une telle comparaison internationale permettrait d'évaluer l'intérêt de la plupart des agrocarburants utilisés. En prenant alors en compte les impacts des transports internationaux (cargos, etc.), il serait alors possible d'émettre un avis plus éclairé dans le débat opposant par exemple le Brésil et l'Union Européenne sur l'opportunité de mettre en place un marché international d'agrocarburants comme l'éthanol. Enfin, rappelons également qu'au Sud comme parfois au Nord se pose la question des conditions sociales de production agricole. Mon article précédent sur "l'énergie du désespoir ?" en donne une illustration au Brésil.

Le site de l'ADEME.

PS. Le site de l'ADEME est actuellement indisponible, celui-ci ayant subi un piratage récemment. Il devrait être remis en ligne très prochainement.

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