Hausse des prix agricoles : quelle responsabilité des agrocarburants ?

Publié le par Pierre W. Johnson

La hausse des prix des produits alimentaires (surtout), et la prise de conscience de l'incidence de certaines formes d'agriculture sur le rechauffement un peu), ont provoqué en une année un revirement complet de l'opinion plublique et des médias sur la question des agrocarburants (encore souvent appelés biocarburants). Après les organisations non gouvernementales, c'est cette fois la Banque Mondiale qui a enquêté sur l'impact de l'essor des carburants végétaux sur les prix alimentaires, comme le dévoile le quotidien britannique The Guardian.

Selon la Banque Mondiale, cet impact expliquerait 75% de la hausse des prix alimentaires, soit plus que ce qu'annonçait les économistes de la FAO et ceux de l'Union Européenne (de 30 à 35% d'impact respectivement). La Banque Mondiale serait-elle passée du côté des gauchistes ? Probablement pas, et d'ailleurs le rapport devait être tenu secret, sans doute pour ne pas déranger l'administration américaine : pour son département de l'Agriculture cet impact ne serait que de 3%...  L'étude de la Banque Mondiale prend fort justement en cause un ensemble de conséquences économiques liées à l'extension des agrocarburants : l'impact sur les stocks mondiaux de produits agricoles, la spéculation sur ces produits et les freins à l’exportation.

Bien sûr, les résultats de cette étude, tels qu'ils sont énoncés dans la presse, sont nécessairement trop généralisataires. Du point de vue économique, ils procèdent nécessairement de simplifications. Chaque filière (soja, riz, colza) obéit aussi à sa logique économique propre. Le riz par exemple a une des céréales qui a le plus augmenté sans qu'elle soit liée à la production d'agrocarburants. Et le point de vue écologique n'est pas abordé. Mais l'étude a le mérite d'attirer l'attention sur le lien entre des phénomènes qui ont tout de même un lien fort entre eux.

La Banque Mondiale a ainsi publié une synthèse sur ces questions en préparation du G8 (on peut la télécharger sur sa page d'accueil). Elle émet des recommandations dans un plan d'action en 10 points, qui recommande notamment de continuer à appuyer le Programme Alimentaire Mondiale et d'encourager sa tendance à se fournir auprès de marchés locaux, mais également un réexamen des politiques des pays du G8, dont les pays les plus riches, en ce qui concernent les biocarburants, et l'encouragement aux agrocarburants de 2e génération. Or les Etats-Unis continuent à subventionner la production de maïs, dont 40% sert maintenant à produire un agrocarburants, et l'Union Européenne s'est fixée un objectif de 10% d'agrocarburants en 2020 afin de pouvoir réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Cette modalité de réussite des objectifs doit sans doute être revue...

Commenter cet article