De Macapa à Belem, sur l'Amazone

Publié le par Pierre W. Johnson

Pour aller de Macapa à Belem, la Fondation France Libertés, qui a organisé ce voyage, avait prévu, sur une idée d'Alain Ruellan, spécialiste des sols amazoniens, de prendre le bateau de ligne qui part de Santana, près de Macapa pour arriver à Belem. Notre départ pour cette destination mythique fût donc quelque peu épique: après 30 minutes, notre bus s'arrête devant le port, une petite ville, où des porteurs nous attendent pour charger nos sacs sur des chariots, et enfin sur l'un des ponts de notre navire. Les rares cabines du bateau nous ont été louées, et la plupart des passagers, dont la moitié de la délégation, dormiront en hamac sur l'un des ponts. Ceux du pont supérieur sont plus chanceux que ceux du pont inférieur, qui bénéficient du bruit assourdissant des moteurs. Mais pour l'heure, la police militaire contrôle tous les passagers, suite à un incident plus ou moins grave impliquant un touriste, la veille. Par chance nous naviguons avec la députée Jeanette, femme de Capi, également présent. Jeannette a fait en sorte que , pour ce voyage, la compagnie respecte les normes de sécurité, et notamment le nombre maximum de passagers.

Après avoir investi notre cabine, nous nous dirigeons tous vers la terrasse supérieure, coeur du navire. Un bar en occupe la plage avant. Et une ambiance des plus festives y règnera pendant notre trajet. L'arrière du pont inférieur, lui, est consacré à la cuisine et au mini-restaurant associé.



Après quelques heures de navigation sur l'immense fleuve, nous rentrons tout à coup dans un canal qui traverse l'île de Marajo, qui sépare l'Amazone et le Tocatins, mais recueille leurs alluvions depuis des millénaires. Nous observons avec enchantement de très près, les rives de la forêt équatoriale et ses centaines d'espèces d'arbres, où prédomine localement le palmier açai, qui donne de petits fruits jaunes, très appréciés localement, et depuis quelques années plus globalement au Brésil. Tous les 300 à 500 mètres, de petites maisons sur pilotis, parfois éclairées au générateur, parfois non, marquent la présence de l'être humain dans cette contrée où la nature reste souveraine. Des petits enfants de 3 à 10 ans manœuvrent des pirogues, qui s'élancent par défi dans notre sillage.

Nous avons la chance de voyager avec l'ancien gouverneur de l'Amapa, M. Capiberibe, et Alain Ruellan, spécialiste des sols. Chacun d'entre eux nous explique la situation et les perspectives de cette population, les ribeirenhos. Si ceux-ci pouvaient accéder à un bien-être un peu meilleur, la perspective d'exode rural serait repoussée. Vivant en auto-subsistance de la cueillette des fruits et d'activités agricoles, ses deux grands défis sociaux sont l'éducation et l'accès aux soins. L'équipe de Capi avait mis au point un système de ramassage scolaire par bateau, qui malheureusement a été abandonné, comme nombre des innovations de son mandat. Quant à la santé, de nombreux postes sont sans médecins et médicaments. D'un point de vue économique, il serait possible d'organiser l'écoulement des produits forestiers, après avoir mis au point des plans de gestion durable. Mais les autorités présentes ne s'intéressent pas au développement durable de ces populations, mais seulement aux grands projets miniers et forestiers, qui détruisent la forêt.



Peu après notre entrée dans cette zone de "pas perdus" (suivant le roman d'Alejo Carpentier), le spectacle d'un front de pluie en émerveille plus d'un. La pluie tombe tout à coup en trombes. Des bâches tombent des bords du bateau pour protéger les passagers en hamac. Puis, la terrasse du pont supérieur est témoin d'une fête improvisée, malheureusement sans caïpirinha, Une nuit noire est tombée, seulement interrompue par les allers et retours d'un projecteur pour "assurer la sécurité".

Le lendemain, après quelques heures de sommeil dans des conditions plus ou moins bonnes, le paysage est plus ouvert, et nous sommes comme dans un bras de mer, constitué par la rencontre des deux fleuves, l'Amazone et le Tocantins. Nous croisons maintenant quelques cargos et des îles flottantes, avant de voir, au bout de quelques heures, Belem et ses grands immeubles à l'horizon. Forum Social, nous voilà.

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