L'ESS, une autre approche de l'activité économique

Publié le par Pierre W. Johnson

A l'heure où les grands journaux saluent les conclusions de la réunion du G20, il est intéressant de rappeler l'existence d'un modèle économique fondé sur la coopération, la mise en commun et le partage des ressources. Un modèle économique où la richesse est avant tout celle de l'être humain, dans une approche de développement soutenable.


L’économie sociale et solidaire est présente dans le monde contemporain depuis plus d’un siècle et demi, comme mode d’appréhension et d’organisation de l’activité économique qui tente de placer l’être humain au centre de cette activité. Elle est présente dans toutes les grandes activités productives.  Après un bref exposé des origines de ces activités et de leurs différentes formes, nous livrons les résultats de plusieurs études permettant d’appréhender l’ampleur de ses activités dans le monde. Nous encourageons les acteurs des différentes secteurs de l’ESS à préciser et à compléter ce panorama chiffré, en ajoutant des commentaires à cet article.


Présentation de l'ESS


L’économie sociale et solidaire trouve ses origines modernes en Europe au XIXe siècle, dans les sociétés de secours mutuel et les coopératives, qui constituaient des formes de défense et de solidarité des ouvriers et des artisans confrontés à la violence sociale de la révolution industrielle. Elle s’est diversifiée au cours de la 2e moitié du XIXe siècle et du XXe siècle, en coopératives de consommation, de production, de crédit, mutuelles d’assurance, etc.

Ces organisations, puissantes en Europe de l’Ouest, représentent au moins 8% du PIB et emploient 9 millions de personne, toutchant 25% de la population européenne, selon une étude Comité Economique et Social de la Commission Européenne à la veille de l'élargissement. L'activité quotidienne de ces entreprises prouve qu'il est possible de concilier les dimensions économique, sociale et environnementale.

Elles sont complétées par une deuxième vague d’initiatives solidaires depuis les années 1970, en réponse aux nouveaux bouleversements de l’économie dans le contexte de la mondialisation. Ces initiatives s’expriment à un niveau plus local. Il s’agit des systèmes d’échange local, des initiatives d’insertion par l’activité économique, de la finance solidaire et finalement du commerce équitable qui fait le lien avec les producteurs du Sud.


Les coopératives sont une des formes d’entreprise les mieux enracinées dans le monde entier.

Fondée à Londres en 1895, l’Alliance Coopérative Internationale compte 222 membres dans 85 pays, et dans tous les secteurs d'économie. Toutes ces coopératives représentent quelque 800 millions de personnes dans le monde entier. Elle comprend des organisations sectorielles, qui regroupent elles-mêmes les coopératives des secteurs suivant : agriculture, banque et crédit, consommateurs, pêche, santé, logement, industries et services, assurance et voyage.


En 1994, une étude des Nations Unies estimait que près de 3 milliards de personnes, soit la moitié de la population mondiale, participaient à une coopérative.


En Asie, plus de 45 millions de personnes sont membres d’une mutuelle (Source: Association of Asian Confederation of Credit Unions, Annual Report 2007/2008).

Quelques exemples par pays : 11 357 coopératives en Argentine, regroupant 9 millions de personnes (22% de la population), et 29 933 en Belgique en 2001, en Bolivie un tiers de la population est membres d’une coopérative, au Canada et aux Etats-Unis, 4 personnes sur 10 appartiennent à au moins une coopérative et 70% au Québec, en Allemagne et en Malaisie, c’est un quart de la population, et 27,5% en Indonésie, à Singapour, c’est la moitié de la population.

Les coopératives sont des acteurs importants dans l’économie nationale et internationale. Au Brésil, elles produisent 40% du PNB agricole, en Bolivie une coopérative d’épargne-crédit gérait un quart de l’épargne national, au Danemark, les coopératives de consommateur gèrent 36,4% du commerce de détail, en Finlande des coopératives produisent 74% des produits carnés, 96% des produits laitiers, 50% des œufs, 34% des produits forestiers et possèdent 34,2% des banques. En France, 90% des agriculteurs sont membres d’une coopérative agricole, 91% au Japon. En Pologne les coopératives laitières sont responsables de 75% de la production, et 99% en Norvège. Au Kenya, les coopératives agricoles possèdent 70% du marché du café, 76% du marché laitier et 95% du marché du coton. Aux Etats-Unis, en 2003, les 100 premières coopératives avaient un revenu total de 117 milliards de dollars.
En France, il existe : les SCOP (Société Coopérative de Production - mais qui regroupe de nombreux secteurs), les Coopératives d'Activité et d'Emploi, et depuis quelques années les Société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC).


Les coopératives sont créatrices d’emploi. On estime que dans le monde, elle fournissent au moins 100 millions d’emploi, dont 20% dans des entreprises multinationales. Au Canada, le mouvement Desjardins (coopérative d’épargne-crédit) est le plus grand employeur de la province du Québec. En France, les coopératives fournissent 4 millions d’emploi, en Allemagne 440 000.

Source : Alliance Coopérative Internationale


Finance solidaire

Depuis une quinzaine d’années, la microfinance connaît un développement important, dans la plupart des pays du Sud, mais également dans les pays du Nord. Initiée au Bangladesh par Mohammed Yunus en 1983, elle s’est répandue dans le monde entier avec un double objectif :  lutter contre la pauvreté,  en fournissant aux populations qui n’ont pas accès aux banques classiques, des services financiers durables, capables de soutenir leurs activités  économiques et processus d’accumulation.

Les services de finance solidaire (ou micro-finance) touchent aujourd’hui 150 millions de personnes dans le monde, servies par plus de 10 000 Institutions de microfinance (coopératives, ONG, banques de microfinance.) ou banques commerciales (source : Planet Finance).

Au Bangladesh, la Grameen Bank dispose de près de 1400 succursales et travaille dans plus de 50 000 villages. Depuis sa création, elle a déboursé 4,69 milliards de dollars de prêts et affiche des taux de remboursement de près de 99 %. En France, près de 53 426 entreprises ont été créées générant 66 511 emplois, grâce à plus de 65 209 microcrédits octroyés par l’ADIE depuis 1989.

Commerce équitable

Né après guerre dans le contexte de la lutte contre le « sous-développement » et de la revendication d’un nouvel ordre économique international par les pays du Sud, le commerce équitable s’est considérablement renové et développé depuis la fin des années 1980, avec la mise au point de labels permettant de garantir des conditions commerciales avantageuses aux producteurs du Sud, y compris en grande distribution. Réuni en un mouvement cohérent, il touche aujourd’hui environ 800 organisations de producteurs, et 1,5 millions de famille dans le monde. Le chiffre d’affaire du commerce équitable double tous les deux ans depuis l’an 2000, pour atteindre 2,7 milliards d’euro en 2007 pour les seuls produit labellisés.

Source : Fair Trade Labelling Organizations International


Circuits courts

Les circuits courts paysans – consommateurs (ou Partenariats Locaux Solidaires entre Producteurs et Consommateurs PLSPC) sont une réponse aux inquiétudes sanitaires et sociales posées par l’agriculture intensive et à la pression exercée par les circuits commerciaux conventionnels sur les agriculteurs. Le Japon figure parmi les pionniers de ce système, à la suite du scandale de Minamata, avec le mouvement Seikatsu (coopératives de la vie) et Teikei qui regroupe au total 250 000 membres. En Amérique du Nord, il est connu comme Agriculture Soutenu par la Communauté, et regoupe 1700 fermes, en France sous le sigle AMAP.


Source : Urgenci


Monnaies sociales

Les monnaies sociales sont des monnaies complémentaires qui permettent de renforcer les échanges dans une région ou pour un objectif social et écologique donné. Les monnaies complémentaires ont existé depuis des siècles. Sous leur forme moderne, elless sont utilisées par les grandes entreprises des transports (miles), les grands magasins, etc.

Les monnaies sociales, elles, ont un pour objetif de donner une valeur sociale et/ou écologique aux échanges. Elles ont permis de maintenir 2 millions de personnes hors de la pauvreté en Argentine pendant la période de crise du peso, indexé sur le dollar. Elles existent dans le monde entier, sous la forme de LETS au Royaume-Uni, de SELs en France, etc. En Suisse, le WIR, une monnaie sociale, est utilisée depuis soixante-quinze ans par 65 000 entreprises du pays. Cette banque fonctionne en deux monnaies : le franc suisse et le WIR.

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Dominique 15/04/2009 08:51

Très belle synthèse sur le sujet. Je ne sais pas si les SCOOP sont une spécificité française mais elles pourrait avoir leur place dans ce panel.Sinon, un petite correction s'impose au 1er § :la richesse est avant TOUT celle de l'être humain

Pierre W. Johnson 15/04/2009 09:29


Merci Dominique. Correction faite. Les SCOP sont un statut de coopérative, que l'on retrouve ailleurs sous d'autres noms. Mais j'ai ajouté un paragraphe sur les statuts de coopératives françaises,
et le lien vers un site les expliquant.