L'UE publiera un indice environnemental en 2010

Publié le par Pierre W. Johnson

La nouvelle est d'importance. Afin de compléter le « sacro-saint » Produit Intérieur Brut (PIB) qui illustre depuis 1930 le développement et les progrès d'un pays, l'Union Européenne prévoit de publier à compter de l'année prochaine un indice environnemental complémentaire. 

Voici ce qu'écrit  Sabine Casalonga, journaliste environnementale, à ce sujet :

La Commission européenne a annoncé mardi qu’une version pilote d’un nouvel indice environnemental viendra compléter en 2010 les indicateurs économiques de l'UE.

«Pour changer le monde, nous devons changer la façon dont nous le comprenons, et pour ce faire nous avons besoin d'aller au-delà du Produit intérieur brut (PIB)», a déclaré Stavros Dimas, commissaire européen à l'environnement dans un communiqué du 8 septembre.

De fait, le PIB ne mesure ni le bien-être, ni la qualité de l’environnement ni la cohésion sociale.
Ce nouvel indicateur qui évaluera les progrès des politiques et de la protection de l‘environnement, prendra en compte les émissions de gaz à effet de serre (GES), le déclin des paysages, la pollution de l’air, la consommation d’eau et la génération de déchets.

La Commission ambitionne en outre d’accélérer la production des données environnementales et sociales, actuellement publiées après 2 ou 3 ans, contre seulement quelques semaines pour les indicateurs économiques. Stavros Dimas espère qu’à terme ce nouvel indice environnemental sera publié au côté du PIB.

La secrétaire d’Etat à l'environnement Chantal Jouanno a déclaré pour sa part à Strömstad (Suède) à l'occasion de la conférence Visions de la biodiversité au-delà de 2010 qu’«une véritable Organisation mondiale de l’environnement», aux côtés de l’OMC, est «incontournable».

«Année internationale de la biodiversité», 2010 verra pourtant l’échec de l’objectif que s’était fixé l’UE de stopper le déclin de la biodiversité. Le Conseil environnement de l’UE du 25 juin avait conclu à la nécessité d’élaborer, d’ici fin 2009, une vision pour la biodiversité au-delà de 2010 en vue des négociations internationales sur cette thématique.

A quand un indice "développement durable", prenant en compte les aspects sociaux et la responsabilité sociale des entreprises ? En effet, les directives de l'Union Européenne ont des impacts importants sur les conditions économiques et sociales dans les pays membres. 

Une avancée dans cette voie : L'ancien économiste, et aujourd'hui critique, de la Banque Mondiale, Joseph Stiglitz, vient quant à lui de remettre le rapport de la commission qu'il préside depuis 18 mois à la demande du président Nicolas Sarkozy. Selon Stiglitz, "la poursuite de la croissance économique, mesurée par le PIB, pourrait conduire à aggraver la situation pour la population. Cette voie n'est pas soutenable." Le rapport formule 12 recommandations. Trois principes sont retenus, nous dévoile le site Actu-Environnement : la prise en compte des ménages dans l'analyse économique, la mesure de la qualité de vie, et le développement durable.

De façon surprenante, le président de la République a évoqué la pertinence de la mesure des inégalités. Le rapport propose de mesurer également le travail domestique, et d'analyser les revenus et la consommation en fonction des catégories d'individus et non plus d'une moyenne nationale. Outre ces indicateurs objectifs, la commission propose de procéder à des mesures subjectives de la qualité de vie (perception du bien-être, du bonheur, inquiétude…). Signalons à ce sujet le travail de la New Economics Foundation. Allez faire un tour par exemple sur le site du
Happy Planet Index.

Jean Gadrey, professeur d’économie à l’université de Lille 3, membre du collectif FAIR (Forum pour d’autres indicateurs de richesse) a participé à la Commission Stiglitz. Il émet sur Terra Economica des réserves sur la façon dont cette commission a travaillée. Composée à 90% d'économistes, elle a fait très peu sinon aucune part à la société civile. Pourtant, ses conclusions sont malgré tout une avancée.
Des pistes à suivre, donc. En espérant qu'elles se traduisent rapidement par des mises en oeuvre, dans les systèmes de comptabilité nationaux, et dans la perception générale du bien-être dans la société.


 

Commenter cet article