Ce que l'éruption d'un volcan révèle de notre société

Publié le par Pierre W. Johnson

Depuis 5 jours, un spectacle inhabituel de cendres et d'aéroports paralysés habite les écrans de télévision et les ondes hertzienne. Il n' s'agit ni d'une catastrophe naturelle ni d'un phénomène de société au sens habituel du terme L'éruption du Eyjafjallajökull est un événement profondément révélateur de notre société. 17 000 vols seraient supprimés par jour, plus aucun avion ne partant des aéroports les plus industrieux d'Europe, en Angleterre et aux Pays-Bas. Tout cela pour quelques particules en suspension entre 6000 et 10000 mètres d'altitude.

 

Eyjafjallajökull - Ash plume at 1710 on Sunday 18 April 2010 taken from Valahnúk, South Iceland par lidos_org_uk

Míla webcam à Valahnúk.

Du rarement, voire jamais vu, mais à la courte échelle de notre civilisation du voyage aérien (70 ans). Tout à coup, des chroniqueurs se mettent à raconter l'histoire autrement : une explosion volcanique, toujours en Islande, aurait provoqué au XVIIIe siècle une famine décimant un tiers de la population irlandaise (de source britannique), et un mécontentement qui aurait plus tard alimenté la Révolution Française. Notre marseillaise aurait-elle démarrée en Islande ? L'histoire n'est plus ce qu'on croyait ! Et surtout, on découvre que la Terre est vivante, qu'elle possède ses rythmes, son métabolisme complexe, qu'il est imprudent d'ignorer. Les autorités ont d'ailleurs eu raison d'être prudentes, mais notre civilisation a tôt fait d'oublier ces manifestations de vie de la Terre, qui sont pourtant innombrables, comme lorsque les sols se compactent sous les monocultures. La difficulté à prononcer le nom du volcan nous rappelle aussi la beauté et la diversité des cultures, à portée d'avion, certes, mais construites sur des fondements bien spécifiques.

En tout cas, la situation suscite des réactions intéressantes :

Dans un communiqué de presse livré ce matin, Ludovic Bu, Marc Fontanès et Olivier Razemon, auteurs de Les transports, la planète et le citoyen (Éditions Rue de l’échiquier, février 2010) dénoncent une société de la vitesse mal préparée aux caprices de la nature. Selon eux, l'éruption de l’Eyjafjallajökull pourrait "préfigurer de ce qui se passera dans quinze ou vingt ans lorsque, fautes de réserves, il faudra rationner le pétrole". La nature bienveillante nous apporterait ainsi un avertissement tranquille, nous encourageant à préparer la civilisation de l'après-pétrole.

Le graphique ci-dessous montre par ailleurs la quantité de CO2 émise évitée par l'annulation des vols (en noir). Les quantités habituelles (grand triangle rouge) sont effarantes :

 

http://s3.amazonaws.com/infobeautiful/planes_volcanos.png 

 

Je reprends la suite du communiqué de presse de Ludovic Bu, Marc Fontanès et Olivier Razemon, auteurs de l'ouvrage Les transports, la planète et le citoyen (Éditions Rue de l’échiquier, février 2010) qui résume très bien les enseignements de l'intervention de ce phénomène naturel dans le contexte de notre civilisation :

Par l’intermédiaire de cet événement inattendu, la société occidentale de 2010 découvre, sans les dommages majeurs habituellement associés aux catastrophes naturelles, qu’elle va trop vite.

Des gens qui partaient à l’autre bout du continent pour quelques heures à peine, bloqués dans un aéroport, s’interrogent sur le sens de leurs déplacements. Des touristes qui allaient chercher sur une île lointaine des ultra-violets dont ils pourraient jouir près de chez eux en attendant quelques semaines, réfléchissent peut-être à de prochaines vacances à proximité de leur domicile. Des automobilistes acceptent soudain de partager leur voiture avec d’autres passagers, faisant contre mauvaise fortune covoiturage forcé.

La pollution sonore et atmosphérique disparaît des zones proches des aéroports, révélant aux riverains le pépiement des oiseaux, les conversations de leurs voisins, les aboiements de leurs chiens. On découvre avec stupeur que les Londoniens manquent d'asperges et de fruits, et cela confirme l’importance de l’agriculture de proximité. On apprend aussi que les ministres européens des transports se réunissent par vidéoconférence. Fallait-il qu’un tel dysfonctionnement se produise pour qu’ils choisissent ce mode de travail pourtant disponible depuis plusieurs années ?

Effectivement, les habitants de Heathrow (où se situe le principal aéroport de Londres) on découvert un silence idyllique, qu'ils croyaient perdu.

Et les auteurs de conclure :

Et si on réfléchissait, avant que la nature ne nous y force, à la notion de mouvement? Et si on considérait qu'il n'est pas impératif de se déplacer ? Ou du moins que tout le monde ne doit pas bouger tout le temps et sous n’importe quel prétexte ?

A l'heure où les autorités et les européens s'inquiètent du blocage aérien, il est intéressant de se rendre compte à quel point notre Terre est belle et vivante à la fois. 

Une très belle et juste conclusion, à laquelle le récit du géologue et photographe Ljos nous incite également à réfléchir, poétiquement et visuellement dans Rue89.


http://asset.rue89.com/files/imagecache/asset_wizard_width/files/YannGugan/Islande9N.jpg


Voir également sur ce sujet l'entretien de Emmanuel Delannoy dans Terra Economica

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