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Dimanche 1 novembre 2009
J'ai reçu, à travers ce blog, cette question de Olivier, en 3°année d'école de commerce. Celui-ci prépare un dossier sur le livre équitable, et aimerait savoir si le livre équitable de manière générale correspond à une approche orientée produit (garantie offerte au consommateur) ou une approche filière intégrée (pratique commerce équitable).

Cette question m'est apparue comme particulièrement intéressante, parce qu'elle concerne l'extension du commerce équitable à de nouveaux domaines, et parce que la réponse n'est pas univoque, amenant à remettre en cause la division conventionnelle des approches du commerce équitable entre "filières" et "produits", qui fait maintenant partie de la vulgate de l'éducation au commerce équitable.

L'intérêt de nouveaux acteurs aux valeurs du commerce équitable obligent ceux-ci à un effort d'imagination pour en adapter les principes à de nouveaux champs. Le champ culturel, par exemple, est organisé de façon totalement différent du commerce de produits alimentaires. C'est pourquoi une simple transposition des standards et principes définis par les organismes de labellisation du commerce équitable depuis vingt ans pour des produits de pays du Sud n'est pas possible dans les activités culturelles.

L'attractivité des concepts du commerce équitable et son actualité pour ces activités est suffisament forte, pour qu'on commence à parler de culture équitable en musique, édition, etc. Voir par exemple Reshape Music et Fairplaylist pour la musique. En ce qui concerne le livre, l'Alliance Internationale des Editeurs Indépendants met en oeuvre des valeurs de commerce équitable dans les relations entre éditeurs du Sud et du Nord, en tentant "modestement, d’inverser le sens unique des flux commerciaux."

Les principes inventés par le commerce équitable Sud-Nord n'apparaissent pas toujours adaptés au secteur culturel, où chaque oeuvre est unique, malgré des prix de production et de diffusion quantifiables. Chacune de ces organisations, fonctionnant comme une fédération d'acteurs culturels, a donc défini des principes et des modes de fonctionnement adaptés à son champ : coéditions, contributions du public, charte, etc.

A vous de les découvrir sur leurs sites ! Et n'hésitez pas à apporter vos commentaires ici.
Par Pierre W. Johnson - Publié dans : Commerce équitable - Fair Trade - Communauté : Vive le désordre !
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Mardi 13 octobre 2009
L'attribution du prix Nobel de la paix au président américain Barak Obama a éludé celle du prix d'économie (qui est en réalité un vrai-faux Nobel), attribué à deux autres américains : Elinor Ostrom (première femme à recevoir ce prix) et Olivier Williamson. Point commun entre ces deux économistes, malgré des sujets d'étude très différents : leurs travaux mettent à mal la théorie standard en économie, qui se base sur la fiction des choix rationnels d'acteurs mus uniquement par leur intérêt rationnel individuel.

Rattachée à l'Université d'Indiana, Elinor Ostrom est, selon le journal Le Monde, récompensée par le comité "pour avoir démontré comment les biens communs peuvent être efficacement gérés par des associations d'usagers". Elle a "remis en cause l'idée classique selon laquelle la propriété commune est mal gérée et doit être prise en main par les autorités publiques ou le marché". Ses travaux de recherche sont basées sur de nombreuses études de terrain sur la gestion de ressources communes par des associations ou groupes d'usagers. Ces ressources peuvent être naturelles (poissons, forêts, lacs) ou humaines (logement). Elinor Ostrom démonte ainsi l'idée reçu par la science économique standard que la gestion opérée par ces groupes est plus mauvaise que les mécanismes de marché

Enseignant à la prestigieuse Université de Berkeley, en Californie, Olivier Williamson a été récompensé pour "son analyse de la gouvernance économique, notamment les frontières de l'entreprise".

Fondateur de la notion de "coût de transaction", Williamson apporte ainsi une critique à la théorie des choix rationnels, tout en gardant un cadre économiciste. Il distingue ainsi le marché, l'entreprise (qu'il nomme "hierarchie") et de nombreuses formes "hybrides", comme le réseau, ou des formes de contrat comme la sous-traitance, la concession, etc. L'entreprise faciliterait la gestion des conflits et la réduction des coûts grâce à la hiérarchie, mieux que les marchés où dominent souvent les négociations et les désaccords.  

Le fonctionnement du prix Nobel a été soumis à de vives critiques depuis la nomination du président Obama au prix Nobel de la paix. Pour Le Monde celui-ci est un pari plus politique que moral. Quant au prix d'économie, il ne s'agit pas d'un prix prévu par le testament de Lord Alfred Nobel, mais d'un prix assumé depuis 1969 par la Banque de Suède "en mémoire d'Alfred Nobel". Ceci expliquant peut-être cela, 45 des 74 lauréats du prix depuis sa création sont citoyens américains. 
Par Pierre W. Johnson - Publié dans : Brèves - Short news - Communauté : Choc & Chaos
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Mercredi 30 septembre 2009
Le premier Forum du Commerce Equitable et des produits de l'Agriculture Biologique au Mexique se déroule actuellement (du 29 septembre au 1er octobre) à Mexico. Des acteurs connus au Mexique (Comercio Justo México, Agromercados, Aires del Campo, etc.) sont partenaires de son organisation. 



Le directeur de la Casa Equitable nous indique que le prix de la participation "reste très élevé pour des petits producteurs ou petites structures équitables (12 000 pesos mexicain le stand de 3 jours sachant que le salaire minimum au Mexique est de 1500 pesos par personne pour un mois)". Nous espérons, malgré cela, que ce forum connaîtra un succès mérité.



Il faut cependant signaler que des rencontres, forums ou foires, de commerce équitable et/ou d'agriculture biologique, ont lieu au Mexique depuis une quinzaine d'années au moins. Ce Forum national marque donc plutôt la reconnaissance du secteur, et l'arrivée à maturité d'acteurs nationaux du commerce équitable et de l'agriculture biologique au Mexique.

Lien vers le Forum du Commerce Equitable et des produits de l'Agriculture Biologique

Par Pierre W. Johnson - Publié dans : Commerce équitable - Fair Trade - Communauté : Vivre bien autrement !
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Lundi 14 septembre 2009
La nouvelle est d'importance. Afin de compléter le « sacro-saint » Produit Intérieur Brut (PIB) qui illustre depuis 1930 le développement et les progrès d'un pays, l'Union Européenne prévoit de publier à compter de l'année prochaine un indice environnemental complémentaire. 

Voici ce qu'écrit  Sabine Casalonga, journaliste environnementale, à ce sujet :

La Commission européenne a annoncé mardi qu’une version pilote d’un nouvel indice environnemental viendra compléter en 2010 les indicateurs économiques de l'UE.

«Pour changer le monde, nous devons changer la façon dont nous le comprenons, et pour ce faire nous avons besoin d'aller au-delà du Produit intérieur brut (PIB)», a déclaré Stavros Dimas, commissaire européen à l'environnement dans un communiqué du 8 septembre.

De fait, le PIB ne mesure ni le bien-être, ni la qualité de l’environnement ni la cohésion sociale.
Ce nouvel indicateur qui évaluera les progrès des politiques et de la protection de l‘environnement, prendra en compte les émissions de gaz à effet de serre (GES), le déclin des paysages, la pollution de l’air, la consommation d’eau et la génération de déchets.

La Commission ambitionne en outre d’accélérer la production des données environnementales et sociales, actuellement publiées après 2 ou 3 ans, contre seulement quelques semaines pour les indicateurs économiques. Stavros Dimas espère qu’à terme ce nouvel indice environnemental sera publié au côté du PIB.

La secrétaire d’Etat à l'environnement Chantal Jouanno a déclaré pour sa part à Strömstad (Suède) à l'occasion de la conférence Visions de la biodiversité au-delà de 2010 qu’«une véritable Organisation mondiale de l’environnement», aux côtés de l’OMC, est «incontournable».

«Année internationale de la biodiversité», 2010 verra pourtant l’échec de l’objectif que s’était fixé l’UE de stopper le déclin de la biodiversité. Le Conseil environnement de l’UE du 25 juin avait conclu à la nécessité d’élaborer, d’ici fin 2009, une vision pour la biodiversité au-delà de 2010 en vue des négociations internationales sur cette thématique.

A quand un indice "développement durable", prenant en compte les aspects sociaux et la responsabilité sociale des entreprises ? En effet, les directives de l'Union Européenne ont des impacts importants sur les conditions économiques et sociales dans les pays membres. 

Une avancée dans cette voie : L'ancien économiste, et aujourd'hui critique, de la Banque Mondiale, Joseph Stiglitz, vient quant à lui de remettre le rapport de la commission qu'il préside depuis 18 mois à la demande du président Nicolas Sarkozy. Selon Stiglitz, "la poursuite de la croissance économique, mesurée par le PIB, pourrait conduire à aggraver la situation pour la population. Cette voie n'est pas soutenable." Le rapport formule 12 recommandations. Trois principes sont retenus, nous dévoile le site Actu-Environnement : la prise en compte des ménages dans l'analyse économique, la mesure de la qualité de vie, et le développement durable.

De façon surprenante, le président de la République a évoqué la pertinence de la mesure des inégalités. Le rapport propose de mesurer également le travail domestique, et d'analyser les revenus et la consommation en fonction des catégories d'individus et non plus d'une moyenne nationale. Outre ces indicateurs objectifs, la commission propose de procéder à des mesures subjectives de la qualité de vie (perception du bien-être, du bonheur, inquiétude…). Signalons à ce sujet le travail de la New Economics Foundation. Allez faire un tour par exemple sur le site du
Happy Planet Index.

Jean Gadrey, professeur d’économie à l’université de Lille 3, membre du collectif FAIR (Forum pour d’autres indicateurs de richesse) a participé à la Commission Stiglitz. Il émet sur Terra Economica des réserves sur la façon dont cette commission a travaillée. Composée à 90% d'économistes, elle a fait très peu sinon aucune part à la société civile. Pourtant, ses conclusions sont malgré tout une avancée.
Des pistes à suivre, donc. En espérant qu'elles se traduisent rapidement par des mises en oeuvre, dans les systèmes de comptabilité nationaux, et dans la perception générale du bien-être dans la société.


 

Par Pierre W. Johnson - Publié dans : Développement durable - Sustainable Development - Communauté : Vivre bien autrement !
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Mardi 18 août 2009

Il y a quelques années encore, une partie de l'opinion publique et des médias étaient réticents à reconnaître l'ampleur du changement climatique. Aujourd'hui, personne ne nie que la concentration de gaz carbonique (CO2) dans l'atmosphère augmente à un niveau et une vitesse encore jamais attente au cours des derniers centaines de milliers d'années. Les conséquences de ce changement commencent à peine à être visibles, dans le changement des régimes des vents et des précipitations, des courants sans doute, etc. avec les impacts de tout ceci sur la dynamique des écosystèmes, et des populations humaines.

 


Les océans eux, sont un monde souvent ignoré, occulté de notre perception. Nous savons que nous sommes entrés dans "le temps du monde fini", mais nous avons encore du mal à croire que cela vaut également pour les espaces marins, qui continuent à nous paraitre tellement grands qu'ils s'approchent de notre notion d'infini, et avec eux les ressources biologiques qu'ils abritent. Pourtant ces ressources sont l'objet de multiples dangers. Le consom'acteur commence à peine à réaliser que la surpeche est déjà une réalité pour la plupart des espèces commerciales de poissons, comme le thon rouge de Méditerranée, et même la morue, plat traditionnel de certains pays européens. N'en déplaise à une chronique sur cette plate-forme, si l'aquaculture s'est développée en conséquence au cours de la dernière décennie, pour devenir la principale source de saumon, de truite et d'autres espèces, elle n'a pas encore su assurer sa durabilité, et génère de nombreuses pollutions et dangers.



Des initiatives existent pourtant pour garantir au consommateur des produits de pêche plus durables. Le label Marine Stewardship Council vaut la peine d'être pris en considération. Outre-Manche, une marque comme Fish4ever se montre réellement engagée dans l'attention à la chaîne et aux méthodes de pêche.


Mais les scientifiques pointent aussi une menace plus insidieuse encore, une tendance de fond d'une grande intertie et d'un poid important : l'acidification des océans. Celui-ci serait dû, comme le changement climatique, aux concentrations accrues de CO2 dans l'amosphère. Au contact de l'eau, celles-ci créent de l'acide carbonique, une molécule acide, qui réduit la concentration de carbonate de calcium, importante source de calcium pour les organismes marins. Ainsi, les coraux sont parmi les principaux écosystèmes affectés par ce phénomène.


"The other CO2 problem", une vidéo faite pour et par des enfants illustre les problèmes de l'acidification des océans (en anglais), en faisant intervenir Poséidon et d'autres personnages, qui en appelle à la responsabilité des humains. Il se prépare également un documentaire grand public sur ce thème pour la rentrée "A sea change". Ce documentaire a été sous-titré en français, grâce à l'aide de..  
 

 



      Lisez un bon article sur ce documentaire et sur le sujet dans DD Magazine.
Article de Wikipedia sur
l'acidification des océans

 

 

 

 

Par Pierre W. Johnson - Publié dans : Développement durable - Sustainable Development - Communauté : Choc & Chaos
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Mercredi 5 août 2009
Le site Gapminder permet de comparer l'évolution de nombreux pays, grâce à une représentation et une interface graphiques très bien faites. Vous pouvez choisir les pays à comparer, sur des périodes de temps donner. Les données comparables sont : l'espérance de vie, le PIB, etc.
Dans une vidéo sur YouTube, Hans Rosling compare les évolutions de l'Angleterre et de la Chine, à travers les vicissitudes historiques. On voit d'abord l'Angleterre se distinguer de la plupart des pays au début du XIXe siècle, puis être rattrapée par un groupe de pays industrialisés, puis un groupe de pays émergents se rapproche de ce regroupement, avec l'énorme cercle de la Chine très proche.

 
Par Pierre W. Johnson - Publié dans : Brèves - Short news - Communauté : Choc & Chaos
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Lundi 27 juillet 2009
Vous pensez rénover ou isoler votre maison ou votre appartement ?

La Revue Durable consacre un excellent dossier aux écomateriaux. Ces matériaux ont souvent un bilan carbone et énergétique meilleur que les matériaux industriels couramment utilisés. Ils pâtissent cependant parfois de leur faible organisation en filière, et de leur faible poids économiques (ils sont produits, vendus, posés par des PME). Mais la situation s'améliore !

Isolation
Le chanvre, la paille, l'ouate de cellulose sont des matériaux de plus en plus acceptés, aux capacités d'isolation meilleures et au bilan sur tout le cycle de vie nettement au dessus de la laine de verre, dont la production est intensive en chaleur.
La difficulté de commercialisation de ces initiatives tient à l'organisation des filières, et notamment aux exigences de la garantie décennale pour les assureurs. Bonne nouvelles : le filière chanvre a passé l'épreuve il y a quelques années, et la paille est en mesure d'obtenir également sa reconnaissance en 2010. Des tests ont été faits, notamment pour la résistance à l'incendie, qui ont montré que ces matériaux, bien préparés, sont aussi sûrs que n'importe quel autre matériau industriel.
Il est probable que vous ne connaissiez pas le matériau appelé "le métisse" (oui, masculin). Il s'agit d'un isolant à base de textiles récupérés par l'association Le Relais. Son pouvoir isolant est excellent, et tous les bénéfices reviennent à cette entreprise d'insertion, membre des Compagnons d'Emmaüs. L'ouate de cellulose, prevenant de papiers réduit en flocons, a cependant un meilleur bilan énergétique et carbone. Elle permet de traiter également des murs irréguliers.

Si vous voulez vous former aux métiers de l'éco-construction, vous pouvez acheter le tout nouveau Guide des Formations en Ecoconstruction, aux Editions d'Alby.

Voir le site de La Revue Durable.
 
Par Pierre W. Johnson - Publié dans : Brèves - Short news - Communauté : Vivre bien autrement !
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Mardi 21 juillet 2009
Chroniques d'été du littoral (1)

Cet été, quetzal vous propose pendant quelques semaines d’en apprendre un peu plus sur la réalité humaine et écologique du littoral, à travers des chroniques originales. Ce premier épisode nous amène à la rencontre des marins du Joseph Roty II.

Solidement amarré sur le quai principal du port de pêche de Saint-Malo, le Joseph Roty II est le seul chalutier français et européen équipé pour la pêche au merlan bleu et la fabrication de surimi-base. Les périodes de pêche marquant une pause pour l’été, la Compagnie des Pêches Saint-Malo et son équipage organisent des visites guidées gratuites qui permettent aux passants de jeter un regard sur le monde méconnu de l'industrie de la pêche.

Par une belle journée de juillet, nous montons donc sur le pont de ce chalutier de 90 mètres de long, modeste pour les standards actuels de l'industrie.  Une visite guidée par un des marins du chalutier va commencer. Informative, franche et directe, celle-ci nous révèle bien des aspects d’un pan méconnu de la réalité sociale et économique de notre pays.

Le bâteau-usine Joseph Roty II a un équipage de 59 personnes (nous allons bientôt découvrir le pourquoi d’un nombre aussi cabalistique), pour des campagnes de pêche annuelles de cinq semaines pendant 7 mois (octobre à juin) entre l'Irlande, le Groënland et les îles Féroë.



Les conditions de navigation et de travail peuvent paraître extrêmes, lorsqu'on a toujours vécu à terre. La mer est le plus souvent de force 8 à 12, ce qui signifie, pour les initiés, des vents de 100 à 250 kilomètres / heure, à vous arracher les marins du pont. Le travail le plus intense est en effet sur le pont, au lancement et à la réception des filets. Par manque de vocations françaises pour un travail physiquement aussi exigeant, on y trouver principalement des marins de nationalité portugaise. Les polonais travaillent plutôt au dépeçage des poissons, et les français à différents étages.

Une carrière de marin commence à 18 ans au plus bas des 7 ponts, le plus près du point d'équilibre et donc le plus stable . Il y fait moins 30, mais cela tangue moins que dans les six ponts supérieurs. Petit à petit, le jeune marin montera aux ponts supérieurs, où tournent en permanence les machines, puis sur le pont extérieur quelques années plus tard. Les ponts supérieurs sont occupés par les cabines des onze officiers, puis, dominant la mer et l'ensemble du navire, le poste de commandement du capitaine.

Un bon capitaine doit maîtriser un nombre incalculable d'instruments de navigation et de mesure, et avoir un jugement très sûr. La moindre erreur peut causer la perte d'un des filets, d’une valeur de  160 000 euros au minimum. C'est un ingénieur de haut niveau, payé environ 500 000 € par an, selon notre guide. Il dispose de 40 mètres carrés de cabine, un luxe sur un tel navire, et reçoit tous ses repas du maître d'hôtel, qui gravit quotidiennement les 2 ou 3 ponts qui séparent la cuisine du poste de commandement avec des plats chauds, souvent renversés par le tangage, semble-t-il (pas de monte-plat automatique). Le capitaine reçoit pendant la traversée les visites principalement du responsable de la production, du mécanicien, et est accompagné d'un officier radio, responsable des télécommunications, un autre poste d'ingénieur de haut niveau.

Les marins-pêcheurs de base gagnent un salaire beaucoup plus modeste. L'équipage regroupe des français, portugais et polonais. Les marins français en contrat à durée indéterminée gagnent un salaire fixe de 980 € par mois environ, plus une prime d'intéressement (20%). Toute prime confondue, ils gagnent sur l'année entre 1800 et 2000 euros par mois. L'ancienneté ne donne droit qu'à de très lentes augmentations de salaire. Il vaut mieux dévoiler ses capacités et talents de commandant radio ou mécanicien très tôt.

Habituelle en mer, cette forte hiérarchie est justifiée par les besoins du travail en mer. Elle est tempérée par des conditions de travail également difficile, et par d’autres traditions :
-    Tout l'équipage est soumis à un rythme de travail harassant, quelque soit sa position hiérarchique. Des tours de 6 heures, sept jours sur sept.
-    Les  couloirs devant les cabines restent propres, on s'y déplace en chaussons. On peut fumer dans sa cabine si son voisin de cabine l'accepte, sinon point.
-    Le jeudi et le dimanche sont jours de grand nettoyage, auquel tous les marins participent.
-    Les anniversaires sont régulièrement fêtés.
-    Le boulanger fait des pains différents pour les français, les polonais et les portugais, qui à intervalles réguliers préparent également des plats typiques.
-    A la fin de chaque campagne, chaque membre de l’équipage part, quelle que soit sa position hiérarchique, avec la même quantité de poissons d’autres espèces que le merlan bleu, qui se sont laissés prendre par les mailles des filets. Il peut ramener souvent une centaine de kilos de poisson chez lui, dont il disposera à sa guise : partage avec la famille et les amis, voire vente, etc.

Pourquoi un équipage de 59 personnes, toute hiérarchie confondue ? Par ce qu'à partir de 60 salariés, le droit du travail français exige la présence d'un marin à bord, jugé comme une dépense supplémentaire indésirable. Tous les ans, des accidents arrivent cependant. Les blessés sont tout simplement héliportés à terre par les autorités du pays le plus proche. Une externalisation des risques ?

Quelques détails sur les caractéristiques de la production du Joseph Roty :

Le marin guide bénévole a su nous vanter les mérites du surimi, dont les français sont les premiers consommateurs en Europe. Le surimi est fait de filets de merlans bleus. La couleur orange est du paprika agrémenté de poudre de crabe (d'où le nom qu'on lui donne parfois, à tort, de « batonnets de crabe »). Beaucoup de personnes ignorent ces caractéristiques du surimi.

Les zones de pêche sont dans l'Atlantique Nord, au large de l'Irlande et de l'Ecosse. Les bancs de merlans sont détectés par échographie, toujours entre 400 et 800 mètres de fond, et à une température à peu près constante. Il y a là aussi des bancs d'espadons.

Une capture de 50 tonnes représente une bonne journée. Le navire peut en traiter jusque 90 par jour. Il capture environ 10 500 tonnes par an de merlan bleu.

Les bancs de merlans sont capturés grâce à un filet de plus d'un kilomètre de long, se terminant en une chaussette de quelques dizaines de mètres. Les mailles du filet sont de plus en  plus petites, jusqu'à 55 mm (plus grandes que le minimum autorisé, qui est de 32 mm). Une fois piégés dans la « chaussette » les merlans sont amenés à bord et aspirés jusqu'au pont où se fait leur préparation. Ils sont découpés automatiquement. Seule les parties dites nobles (la chair) sont gardées, soit un tiers environ du poids. Le reste est rejeté en mer, où il ira alimenter la chaîne alimentaire maritime.

Manger du surimi français est-il écologique ? La capture annuelle du Joseph Roty représente moins de 2 % du total des prises de merlan bleu réalisées par l’ensemble des pays pêcheurs en Atlantique Nord. Pour 2009, le total admissible de captures (TAC) entre les Etats signataires (Norvège, Islande, Féroës, Russie et Union Europénne) a été ramené à 590 000 tonnes afin d'assurer la préservation du stock de merlan bleu.

Voilà pour la préservation de l’espèce. Quant au surimi, il est généralement conservé dans un mélange contenant du glucose, mais si vous choisissez un surimi « bio » il sera conservé au sucre bio. Il existe également des surimis casher, etc.

A l'échelle internationale, le Joseph Roty est, nous l'avons dit, un chalutier de taille modeste. D'après notre guide marin, il semble que les nords-américains et les australiens aient des navires de taille beaucoup plus grande (3 ou 4 fois). En tout cas, cette petite incursion dans le monde de la pêche nous rappelle une réalité à la fois humaine, économique et environnementale, proche et méconnue.

J'espère que vous aurez apprécié ce récit autant que nous la visite.
Vous pouvez en savoir un peu plus sur ce bateau sur le site de la Compagnie des Pêches Saint-Malo.

Par Pierre W. Johnson - Publié dans : Modes de vie durables - Sustainable Livelihoods - Communauté : Vivre bien autrement !
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Vendredi 10 juillet 2009
Nombre de citoyens ont pris conscience de l'ampleur des défis qui se présentent à nos sociétés. Qu'en est-il des entreprises ? Selon Bob Willard, celles-ci sont encore plus occupées que les citoyens urbains, et n'ont même pas le temps d'assimiler réellement l'expression "développement durable". Alors, que faire ? Leur parler leur langage : chiffre d'affaire, profits, gestion des risques, propose l'écrivain canadien.

Le rapport Stern a mis en chiffre, contestables, mais au moins indicatifs et parlant pour le monde des affaires, les services que nous rendent les écosystèmes, ainsi que le coût de l'action et de l'inaction sur le plan environnemental, au cours des prochaines années. Pour quelques pourcents du produit mondial, on peut éviter une catastrophe aux coûts incalculables, y compris pour les entreprises.

C'est là seulement un exemple du langage que l'on peut employer pour favoriser, non plus seulement une prise de conscience, mais le déploiement d'actions par les acteurs économiques.

Je vous recommande cette vidéo, en anglais. Elle est d'un format et d'un rythme adapté au Web et à notre "busy world" (malgré les cheveux blancs de l'auteur) :



Par Pierre W. Johnson - Publié dans : Développement durable - Sustainable Development - Communauté : Vivre bien autrement !
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Samedi 27 juin 2009
Vous connaissez une association qui mène une action remarquable dans un des trois domaines Nature, Solidarité ou Culture, principalement en direction des jeunes (moins de 26 ans), qui mérite d'être connue et pourrait bénéficier d'un petit coup de pouce financier ? Cette information vous intéressera certainement.

Mardi 23 juin, j'ai été invité à la présentation des Trophées des Associations, à la Fondation EDF. Auparavant sous l'égide de la Fondation de France, la Fondation EDF est maintenant indépendante. Dans un magnifique espace d'exposition consacré au mécénat d'entreprise, l'équipe des trophées nous a présenté ce prix, dédié pour une fois aux petites associations.

Ryadh Sallem, triple champion de Basket en fauteuil et directeur de CAPSSA ; association de prévention sur la cible jeune, et Priscilla Telmon, photographe, écrivain voyageur et réalisatrice de documentaires sur l’environnement, étaient parmi les figures marquantes de cette soirée. 

Les trophées des associations lancées par la Fondation EDF récompenseront à l'automne 30 associations qui contribuent à développer la connaissance et l’émergence de nouveaux comportements à l’égard de la nature et de la société. Le budget total des trophées est de 300 000 euros.

La Fondation EDF Diversiterre a souhaité que cette opération mobilise le plus grand nombre : bénévoles, témoins, citoyens… Les Trophées des Associations reposent sur un dispositif participatif ouvert à tous et accessible grâce à internet. 

Jusqu'au 30 septembre, toutes les associations pourront se portercandidates sur le site dédié tropheesfondation.edf.com, rubrique « Je suis une association ». Chaque association disposera d’un espace d’expression personnalisé où elle pourra se présenter et décrire ses actions ou programmes d’actions menés. Les associations candidates seront ensuite mises en ligne :  opportunité privilégiée pour faire la connaissance d’autres associations et se faire connaître. 

Les supporters, qu’ils soient bénévoles, bénéficiaires, citoyens… inscriront l’association de leur choix directement sur le site tropheesfondation.edf.com, dans la rubrique « Je suis supporter ». L’association sera ensuite contactée et informée de sa possibilité de participation aux Trophées des Associations.  

Les Trophées des Associations se composent de trois catégories : 

  Nature : cette catégorie récompense les associations locales qui agissent avec des jeunes en faveur de la biodiversité, de la beauté des paysages, des ressources naturelles et énergétiques. 

Solidarité : cette catégorie récompense les associations locales qui agissent pour l’intégration sociale, l’autonomie des jeunes ou favorisent le lien intergénérationnel. 

Culture : cette catégorie récompense les associations locales qui facilitent l’accès des jeunes à la culture et au patrimoine, et les encouragent dans la pratique culturelle et la création.

 

 

Par Pierre W. Johnson - Publié dans : Brèves - Short news - Communauté : Je rêve d'un autre monde.
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