Brésils en mouvement : les agro-carburants en débat

Publié le par Pierre W. Johnson

Chers lecteurs,

Je vous dois depuis quelques semaines un compte-rendu de la soirée du festival Brésils en mouvement consacré aux agro-carburants. Celui-ci fait suite à mon article sur l'Amapa : le développement durable en Amazonie brésilienne.
Je vous dloit donc le compte-rendu de la soirée du 3 juin : "Les agros-carburants : énergie du désespoir ?". Etant dans une phase de repositionnement professionnel, j'ai en effet laissé un peu de côté ce cahier dans les dernières semaines. Mais je le reprends maintenant pour me lancer dans cet exercice, au risque d'être incomplet, pour une soirée et un sujet aussi riches.  Voici donc...

Pierre Johnson



Les agro-carburants sont un sujet qui divisent les opinions, tant au Nord qu'au Sud. En ce qui concerne le Brésil, les oragnisateurs du festival ont fort justement initié la soirée par un film sur les travaillerus de la canne à sucre, puisqu'au Brésil l'éthanol issu de la canne à sucre est le principal agro-carburant, loin devant les autres tant en termes de production que d'antériorité. Dès les années 1970, le programme Proalcool du gouvenement militaire réagissait au choc pétrolier en encourageant cette forme d'énergie et de carburant. Aujourd'hui près de 40% des automobiles roulent avec un mélange plus ou moins fortement dosé déthanol.

Le film "Migrants" de Beto Novaes nous rappelle avec dignité et sobrieté dans le propos les conditions de vie très difficile des coupeurs de canne au Brésil. Près d'un million de travailleurs sont ainsi payés à la tâche, et doivent s'épuiser pour couper de 8 à 10 tonnes de canne dans la journée, parfois sous un soleil de plomb, et souvent sans protection aux mains ni parfois aux pieds. Les travailleurs du Nordeste ont des paies tellement dérisoires qu'ils choisissent souvent d'émigrer dans la saison basse de la coupe dans cette région, pour s'épuiser encore à contre-saison dans les plantations du Sud, plus moderne et industralisé techniquement, mais où les salaires sont similaires. Lorsqu'on bénéficie d'une main d'oeuvre bon marché, pourquoi la gacher ? Ce qui ressort de ce portrait d'hommes et des femmes, travailleurs ou au foyer (ce qui est aussi un rude travail), c'est une grande dignité, et l'absence d'autres options de vie, mais aussi l'espérance que leurs enfants pourront échapper à ce travail de misère.

C'est donc sur cette base sociale que s'est édifié depuis une trentaine d'années une industrie de l'éthanol au Brésil, plaçant ce pays en pionnier des agro-carburants. Il est vrai que si le caractère écologique de ces carburants est assez largement contesté (dont l'abandon volontaire du thème biocarburants pour celui plus objectif d'agrocarburants dans ce blog), l'éthanol de canne à sucre est encore celui dont le rendement écologique est le plus élevé. Le second film "Du Sucre et des Fleurs dans nos Moteurs", de JM Rodrigo, qui relève d'une enquête mondiale sur les agrocarburants, montre en effet que ceux issus de la betterave européenne ne doivent leur rentabilité qu'aux subventions de la Politique Agricole Commune. Mais c'est celles-ci qui ont permis aux coopératives regroupées dans le groupe Tereos d'acheter des plantations et une usine moderne d'éthanol au Brésil. Si les conditions de travail reste rudimentaire, le représentant de Tereos souligne que l'éthanol ne représente que 2% de la production de sucre. Le film survole également la situation à l'Ile Maurice, où le tissu social de la production sucrière est très différent. Des planteurs français s'investissent là aussi dans la production de l'éthanol...

Le débat qui a suivi ces projections s'est avéré tout à fait intéressant, car il relevait le caractère complexe des sujets traités. Une partie de la table insistait sur les dangers sociaux et environnementaux la production d'agro-carburants. Il est sûr que l'industrie de la canne à sucre reste une industrie de main d'oeuvre où règne la surexploitation. Pour certains, le boom des agro-carburants ne peut que déplacer par ricochet la production et empiéter un peu plus sur l'Amazonie. Les participants brésiliens, un expert technique de l'ambassade du Brésil fraichement arrivé, et André Pereira, chercheur au CIRED soulignent la complexité des questions en jeu au Brésil, et l'opportunité que représente malgré tout la canne à sucre pour la population du Nordeste. Si la mécanisation de la coupe au Sud s'étendait, des centaines de milliers d'ouvriers pourraient perdre leur emploi, sans qu'une reconversion soit garantie.  Le représentant de Greenpeace insistait lieu sur les spécificités du milieu du cerrado, au Nordeste, et sur les impacts précis sur la bioidversité. La canne à sucre générerait 17 ans de dette carbone sur ce milieu, contre 120 années pour l'huile de palme en Indonésie. Mais dette tout de même...

Alain Liepietz expliqua lui que l'Union Européenne a fixé des objectifs de 5,75% d'agrocarburants en 2010, mais la France notamment voudrait se fixer des objectifs plus élevés. Ces derniers sont contestés notamment par les Verts. Alain Liepetz aimerait qu'on parle des opportunités de bio-énergies et non pas seulement de biocarburants, et incite la population à la sobriété alimentaire, notamment par rapport à la consommation de viande. Un participant dans la salle croyait lui au miracle de la multiplication de l'énergie par le cupuaçu, nois de coco miraculeuse. Mais le modérateur journaliste Patrick Piro rappela alors que ce genre de solution miracle était régulièrement mise en avant, mais qu'elle oubliait non moins régulièrement les réalités sociaux-économiques dans lesquels elle se situait.

En bref, une soirée intéressante, pour un débat inachevé. Voci quelques références en guise de conclusion :

-> Un article sur les enjeux des agro-carburants.
-> Une campagne d'ONGs contre les agro-carburants
-> Au Brésil, le Mouvement des Sans Terre aussi s'y oppose
-> Un site présentant les avantages des "biocarburants"
-> Un communiqué de FIAN (Food First)
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