Changement climatique et crise du modèle socio-économique

Publié le par Pierre W. Johnson

Article mis à jour le 7 août 2010

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Le sommet avorté de Copenhague sur le changement climatique, à la fin de l'année dernière, a au moins permis aux peuples et aux gouvernements de s'interroger sur l'impact des activités humaines sur le climat. Mais les règles des négociations multilatérales sont aujourd'hui trop complexes, et le Sommet de Copenhague a abouti à une déclaration minimaliste, signée par une minorité d'états encore présent le dernier jour de la conférence.

Ces discussions multilatérales doivent se poursuivre en octobre prochain Cancun au Mexique. Cancun est en elle-même une ville symbole de la mondialisation et de l'exemple écologique à ne pas suivre : construite il y a une quarantaine d'années sur le site d'un village de pêcheurs, localisée par son positionnement au croisement des routes aériennes, de la forêt tropicale et des ruines mayas, son développement est à l'opposé du "développement durable" qui est actuellement défendu par la plupart des pays et de nombreuses entreprises.

Cochabamba est à l'opposé de cette image. Même si la ville contient de nombreux quartiers misérables, il s'agit d'une ville ancienne, à l'économie bien vivante. Qui plus est, la population de Cochabamba a gagné la "bataille de l'eau" aux débuts des années 2000, lorsque les entreprises privées ont du en partir après des mois d'affrontements. Comme la ville de Porto Alegre (Brésil) dans les années 1990 et au début des années 2000, la Bolivie de Evo Morales, est ensuite devenue le symbole d'un pays tentant de suivre une voie plus proche de la culture et des besoins de ses peuples.

A la différence des délégués à Copenhague ou bientôt à Cancun, les participants à la Conférence des Peuples de Cochabamba ont examiné le lien entre le changement climatique est nos modèles économiques et sociaux. Ainsi les enjeux de la souveraineté alimentaire, de l'accès à l'eau, de la protection des forêts, et en résumé de nos modes de production et de répartition ont été examinés en lien avec le changement climatique. Vous pouvez lire en ligne les résultats de cette conférence en ligne.

Ces liens entre enjeux économiques et sociaux et enjeux environnementaux (qui ne se limitent pas au changement climatique, mais également au recul de la biodiversité, à l'acidification des océans, par exemple) sont aussi envisagés, depuis plus de 15 ans, par le mouvement zapatiste. L'auteur et éducateur à l'environnement Jeff Conant propose une analyse de la contribution de ce mouvement dans un article publié cette semaine. Ce qui suit en est une synthèse.

Le mouvement zapatiste affirme que la crise écologique ne doit ou ne peut pas être traitée de façon séparée de la crise sociale et économique, comme le propose pourtant de faire "les multinationales avec la complicité d'une partie de communauté scientifique". Ces instances proposent seulement de "gérer la crise climatique" et non de s'attaquer à ses causes. Pourtant, les limites écologiques ouvrent la voie à de nouvelles formes d'organisation économiques et sociales : l'agriculture paysanne et écologique, la démocratie participative, la transition vers une économie et une société préparant l'après-pétrole, et d'autres formes d'action sociale, économique et écologique émergentes.

La dignité est centrale à ces nouvelles formes d'action, et selon le sous-commandant Marcos, c'est précisément ce qui échappe aux hommes politiques et aux négociateurs qui envisagent la crise écologique de façon indépendante aux aspects sociaux. La chercheur chilienne Sara Larrain développe cette idée dans l'article "La voie de la dignité" (en espagnol), une proposition qui vise à se substituer dans les agences de développement à la notion de "Lutte contre la pauvreté". Pour chaque acteur, la solution est résumée dans la formule "marcher en se posant des questions", c'est-à-dire expérimenter de nouvelles solutions, sans mettre en oeuvre des mécanismes à une échelle surhumaine (comme les plate-forme pétrolières offshore ou l'enfouissement du gaz carbonique), ce qui n'est après tout qu'une sage application du principe de précaution.

Voici les leçons que l'on peut tirer des dernières conférences sur le climat, et des sages paroles du mouvement indigène.


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